L’eau souterraine coule sous la moitié des jardins de France. La tirer à moindre coût pour arroser, alimenter un lave-auto ou même un usage domestique non alimentaire, c’est légitime et encadré par la loi. Mais creuser un puits sans préparation, c’est risquer un effondrement, une contamination de nappe, ou un redressement fiscal. Voici comment faire les choses dans l’ordre.
Ce que la loi dit exactement
Un particulier peut tout à fait exploiter l’eau souterraine située sous sa propriété. Mais depuis 2009, tout forage ou puits de plus de 10 mètres de profondeur est soumis à une déclaration en mairie (formulaire Cerfa 13837*02). En dessous de 10 mètres, la déclaration reste recommandée mais pas toujours obligatoire selon les communes.
Trois points non négociables :
- L’eau d’un puits ne peut pas être raccordée au réseau eau potable sans disconnecteur hydraulique homologué (risque de contamination du réseau collectif)
- Si vous utilisez l’eau à des fins domestiques (WC, lave-linge), vous devez le déclarer en mairie avec un plan de l’installation
- La SPANC (Service Public d’Assainissement Non Collectif) peut intervenir si votre puits est trop proche d’un système d’assainissement
Distance minimale recommandée : 35 mètres entre un puits et une fosse septique ou un épandage. Bon, après ça dépend du sens des écoulements souterrains. Votre mairie peut vous orienter vers le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), qui dispose de cartes hydrogéologiques gratuites en ligne.
Identifier la nappe avant de creuser
Creuser au hasard, c’est risquer de ne jamais trouver d’eau, ou de trouver une eau impropre. La première étape est documentaire.
Le site infoterre.brgm.fr donne accès à la carte géologique de France et aux forages déclarés autour de chez vous. Si vos voisins ont des puits, ils sont souvent répertoriés. Profondeur, débit, nature du terrain : tout y est. Avant même de creuser, pensez à travailler le sol avant de creuser avec une grelinette pour ameublir la couche de surface et faciliter le repérage des premières strates.
Signes naturels qui indiquent la présence d’eau peu profonde :
- Zone où la végétation reste verte en période de sécheresse
- Terrains humides au pied d’une pente
- Présence de saules ou de peupliers (ces arbres cherchent l’eau)
- Anciennes mares ou zones inondables
La sourcellerie (baguette de sourcier) n’a aucune base scientifique. Je le dis clairement. Les études de terrain et les données BRGM sont autrement plus fiables. Un sourcier peut vous coûter 150 à 300 euros pour un résultat aléatoire.
Creuser manuellement ou faire appel à une entreprise ?
Réponse nette : ça dépend de la profondeur.
Jusqu’à 5 ou 6 mètres dans un terrain meuble sans roche, le creusement manuel est faisable en autonomie. Au-delà, ou sur tout terrain rocheux, il faut une foreuse ou un professionnel. Ne sous-estimez pas les risques d’éboulement sur les parois – un puits en cours de creusement peut s’effondrer en quelques secondes.
Creusement manuel pas à pas
Matériel minimum pour un puits de 1 mètre de diamètre :
- Un chèvre de levage avec treuil et benne (location ou construction en tubes acier)
- Pioches courtes, pelles coudées
- Buseaux en béton préfabriqués de 1 mètre de diamètre et 1 mètre de hauteur (environ 60 euros pièce chez Point P)
- Sacs solides pour évacuer les déblais
Méthode : posez la première buse en surface, creusez à l’intérieur en faisant descendre progressivement la buse sous son propre poids. Ajoutez les buseaux au fur et à mesure que la profondeur augmente. Ce principe « pousse à la buse » évite l’éboulement des parois.
Avant que j’oublie Ne travaillez jamais seul dans un puits creusé manuellement. Les gaz (CO2 naturel, méthane) s’accumulent dans les puits profonds et peuvent provoquer un malaise en quelques secondes. Avant de descendre, descendez d’abord une bougie allumée : si elle s’éteint, ne descendez pas. Équipement obligatoire : harnais, corde de sécurité, casque.
Le cuvelage : étanchéité et filtration
Un puits sans cuvelage sérieux est une passoire. Les eaux de surface (runoff, nitrates agricoles, produits phyto) s’y infiltrent directement.
Joints entre les buseaux : utilisez un mortier de ciment étanche (type Weber.rep facade ou Cemix hydrofuge), appliqué sur les deux faces du joint. Laissez curer 48 heures minimum avant de reprendre le creusement.
Au bas du puits, posez une couche de graviers lavés 8/15 sur 50 cm de hauteur avant d’atteindre la nappe. Ce filtre naturel retient les particules fines et améliore la qualité de l’eau.
En haut, prévoyez une margelle en béton ou en maçonnerie surélevée de 50 cm minimum au-dessus du sol. Cela empêche les eaux de ruissellement de pénétrer directement. Couvrez avec un couvercle en béton ou en acier galvanisé : les enfants, les animaux et les objets tombent vite dans un puits ouvert.
Équipement et pompe
Un puits sans pompe, c’est juste un trou avec de l’eau au fond. L’équipement dépend de l’usage.
Pour l’arrosage saisonnier (usage léger) : une pompe de surface immergeable de 500 à 800 W suffit pour une nappe à moins de 7 mètres, que ce soit pour arroser une serre de jardin avec l’eau du puits ou pour alimenter un potager en pleine terre. Comptez 80 à 150 euros pour un modèle correct sur ManoMano.
Pour un usage domestique plus intensif (wc, lave-linge, robinets extérieurs) : un surpresseur avec ballon tampon de 24 litres minimum et pression réglable à 3 bars. Budget : 200 à 400 euros, installation comprise.
Pensez à installer un compteur d’eau au refoulement si vous souhaitez déduire la consommation de votre taxe assainissement. C’est possible dans de nombreuses communes sur déclaration.
Un puits bien construit, c’est une économie réelle sur la facture d’eau, surtout si vous avez un grand jardin ou si vous souhaitez alimenter un bassin béton en eau de puits sans dépendre du compteur municipal. Les premières années, le retour sur investissement se compte en saisons d’arrosage. Et il y a quelque chose de plaisant à tirer son propre eau – un sentiment d’indépendance qu’on ne retrouvé pas souvent dans le confort moderne. Est-ce que l’eau chez vous est suffisamment proche de la surface pour que ça vaille le coup ? La réponse est dans les données BRGM, pas dans une baguette de coudrier.
